MES : intervention de Gérard Charasse

M. le président. La parole est à M. Gérard Charasse, dernier orateur inscrit dans la discussion générale.

M. Gérard CharasseMonsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, l’ambiance actuelle n’est pas sans rappeler celle des moments où les Français et d’autres peuples ont manifesté contre une vision de l’Europe technocratique purement financière et marchande, une Europe qui ne fait plus rêver, qui n’est plus un horizon pour personne.

Ceux qui veulent imposer cette Europe reviennent sans cesse à la charge. Leur vision n’a évidemment pas changé, leurs résultats non plus. Pourtant, monsieur le ministre, vous nous présentez ce mécanisme européen de stabilité comme un mécanisme de solidarité. Pensez-vous que l’Europe soit actuellement solidaire de la Grèce ? Non ! Nous sommes solidaires avant tout des intérêts financiers et bancaires. Nous sommes solidaires de ceux qui défendent une mécanique européenne qui n’est pas la mécanique des peuples, pas celle du peuple grec.

M. Jean-Claude Sandrier. C’est radical, c’est bien !

M. Gérard Charasse. L’idée d’un traité renforçant l’intégration européenne est pourtant alléchante pour un radical de gauche partisan de l’Europe fédérale, mais il manque dans votre traité tout ce qui serait utile à un tel projet : le financement direct du mécanisme européen de stabilité auprès de la Banque centrale européenne, la question des euro-obligations, la capacité d’engagement, qui n’est pas améliorée par rapport aux mécanismes antérieurs. Ajoutons une inquiétude républicaine : les parlements nationaux et le Parlement européen sont écartés du fonctionnement de ce mécanisme opaque.

Surtout, pour bénéficier d’un prêt du MES, il est nécessaire d’avoir ratifié le traité sur la stabilité budgétaire. Or ce traité n’est rien d’autre qu’un traité d’austérité, l’inscription dans le marbre juridique de l’Union de la politique que vous faites subir à la Grèce depuis deux ans.

C’est la reconnaissance officielle de la politique « argent frais contre rigueur » qui précipite les pays dans un cercle vicieux de dépression. Vos vieilles recettes économiques et budgétaires n’ont toujours pas permis de sauver la Grèce et vous voulez les imposer aux autres pays.

Nous, à gauche, si le peuple nous en donne le mandat, nous renégocierons ce traité. Vous créez, ni plus ni moins, un FMI à l’européenne. Nos pays, nos peuples devraient s’adapter à votre vision du monde, à coups d’ajustements structurels et de plans de rigueur. À ce rythme, nous ne parlerons plus de consensus de Washington mais de consensus de Bruxelles. À terme, nous assisterons au désengagement de la puissance publique et à des privatisations dans tous les pays européens, auxquels vous voulez interdire toute marge de manœuvre. Quelle belle leçon de démocratie !

Nous sommes solidaires, me direz-vous, à hauteur de 16 milliards d’euros, mais ces 16 milliards auraient dû abonder la Banque européenne d’investissement ou toute autre structure permettant de relancer la croissance en Grèce, au Portugal, en Irlande, en Espagne, en France, en Allemagne bientôt.

Nous, radicaux de gauche, nous défendons une Europe forte, une Europe fédérale. Nous demandons un véritable fédéralisme budgétaire avec la création d’un impôt européen. Nous demandons que soit mis en place un gouvernement économique européen qui reprendrait la main sur la politique monétaire, avec une harmonisation des politiques fiscales et sociales. Or vous préférez mettre en place des politiques non coopératives et des ajustements punitifs. Vous préférez le dumping et la concurrence à la cohésion et à l’union. Une nouvelle fois, vous voulez nous imposer une vision de l’Europe qui n’est pas celle de la majorité des Européens. Une nouvelle fois, vous voulez une Europe technocratique quand nous voulons une Europe des peuples. Une nouvelle fois, vous privilégiez l’austérité quand nous privilégions la solidarité.

Monsieur le ministre, nous ne vous suivrons pas aujourd’hui, ni demain. Nous emprunterons une autre voie. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

M. le président. La discussion générale commune est close.

La parole est à M. le ministre chargé des affaires européennes.

M. Jean Leonetti, ministre chargé des affaires européennes. Permettez-moi tout d’abord de remercier l’ensemble des orateurs, qui ont apporté un éclairage intéressant sur le mécanisme européen de stabilité financière.

M. Jean-Pierre Brard. C’est comme dans les boîtes de nuit, il y en a de différentes qualités.

M. Jean Leonetti, ministre. L’intervention de M. Lecoq ne m’a guère étonné puisque, germanophobie mise à part, elle était à peu près calquée sur celle de M. Brard. Je ne suis pas étonné que les communistes soient opposés à la construction européenne telle que nous la concevons. Leur position est respectable mais nous ne sommes pas du tout d’accord.

M. Jean-Pierre Brard. Cela nous rassure !

M. Jean Leonetti, ministre. Je ne suis pas davantage d’accord avec M. Souchet, qui voit des contradictions là où je ne trouve que des équilibres, et pour qui la crise serait uniquement due à l’ouverture du marché. Je ne pense pas qu’il faille dresser à nouveau des remparts autour de la France ou de l’Europe.

J’ai écouté avec intérêt Charles de Courson, qui préconise avec raison l’avènement d’une nouvelle Europe.

M. Jean-Pierre Brard. L’Europe de Coblence !

M. Jean Leonetti, ministre. Nous sommes en effet dans cette première étape. De même, M. Mariton proposait de la refonder et de considérer que l’étape décisive que nous passons aujourd’hui sera suivie d’autres évolutions et intégrations.

J’ai bien entendu M. Remiller répéter que la règle d’or et la discipline étaient indissociables de la solidarité au travers du mécanisme européen de stabilité. Avec malice, je les ai écoutés, Pascale Gruny et lui, inviter M. Cohn-Bendit dans le débat pour rappeler – aurais-je rêvé pareille chose possible ? – à l’ensemble des démocrates et des sociaux-démocrates que ce que nous faisons aujourd’hui dépasse largement les clivages politiques. Il y va de l’intérêt de la France et de la solidarité des peuples européens entre eux. Nous traversons là une étape décisive dans la construction européenne qui nous conduira vers davantage d’intégration, de solidarité et donc, madame Guigou, de croissance et d’emploi.

Je connais, madame, votre engagement, depuis longtemps, en faveur de la cause européenne. Si vous aviez l’intention de voter oui, rappelez-vous ce que j’ai connu et que chacun a pu connaître ici : lorsque nous changeons notre vote par discipline de parti, nous ne servons pas l’intérêt général de notre pays ni celui de l’Europe. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)

J’aurais pu souscrire à l’ensemble des propos de M. Caresche, notamment lorsqu’il affirme que le mécanisme européen de stabilité est indispensable, ou qu’il n’est pas opposé à la conditionnalité, comprenant bien que la solidarité doit s’assortir d’une certaine discipline. Pour lui, cet outil devrait être mis en place dans un contexte plus large. Ce n’est pas le débat d’aujourd’hui, aussi vais-je lui demander s’il pourrait s’affranchir de quelques contingences électorales pour suivre ses convictions et voter le mécanisme européen de stabilité.

Mme Karamanli a affirmé que la Banque centrale européenne devait agir. Elle agit, en effet, pas en lien direct avec le mécanisme européen de stabilité, mais personne ne peut contester qu’aujourd’hui la Banque centrale européenne joue son rôle, avec la possibilité qu’elle s’appuie demain sur le mécanisme européen de stabilité pour lutter contre la spéculation dans les pays fragilisés.

Quant à M. Charasse, je lui dirai simplement que je regrette que le radical de gauche ne rejoigne pas le radical valoisien dans une vision européenne logique. Il n’y a pas de plan B, monsieur Charasse. Oubliez, au sein du parti socialiste, qu’il puisse y avoir deux visions. Il y a celle, en effet, du parti communiste, qui est opposé à la politique de marché. Et il y a celle de l’intégration européenne, dans laquelle je vois bien l’ensemble des partis de gouvernement européens agir dans le même sens.

Je citerai pour finir M. Peter Steinbrück. Socialiste allemand, ministre de l’économie, il a demandé aux socialistes français de ne pas avoir une vision naïve de l’Europe. Sortons-en au profit d’une conception réaliste d’une Europe qui se construit et qui tourne le dos au passé, responsable de la situation de la Grèce aujourd’hui.

Faisons en sorte, grâce au mécanisme européen de stabilité, que jamais nous n’ayons à vivre ce que le peuple grec subit aujourd’hui à cause du laxisme et des erreurs passées qui ont conduit son pays à une telle situation d’endettement. Le mécanisme européen de stabilité permettra de venir en aide aux peuples et aux États en difficulté, contrairement à ce qu’un candidat prétendument rentrant pourrait prétendre. Vous voulez lutter contre la spéculation : votez le mécanisme européen de stabilité.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :